Sources de la justification par la foi.

C’est un texte d’Ésaïe (45, 22) que Paul reprend dans l’épître aux Galates (3, 11). Le prophète mettait dans la bouche de Dieu les paroles suivantes : « Tournez-vous vers moi et soyez sauvés ». Paul reprend de la façon suivante : « Le juste vivra par la foi ».

Les motifs de l’apôtre Paul

N’oublions pas que Paul est persuadé que le retour du Christ est tout proche. Quels seront les élus sauvés à ses côtés ? Les païens que Paul avait convertis devaient-ils se faire circoncire et se soumettre aux lois de Moïse pour être sauvés ? C’est bien ce que pensait Jacques qui dirigeait l’Église de Jérusalem. Non leur dit Paul, « Le juste vivra par la foi »

Les questions posées à Martin Luther

Quinze siècles plus tard, Martin Luther est dans un tout autre contexte. Il n’attend pas la venue imminente du royaume. Par contre la crainte du purgatoire et de l’enfer était très présente dans son esprit. Il vivait dans l’angoisse. L’Église catholique administrait le salut de l’âme par les mérites, voire même par la vente des indulgences. Cela n’avait, pensait-il, aucun effet. A la lecture des épîtres aux Romains et aux Galates, Martin Luther explose de joie : Le salut est offert gratuitement par Dieu lui-même à quiconque croit.

Cinq siècles plus tard

La crainte de l’enfer ou du purgatoire n’est plus la nôtre. La foi religieuse du 18e et du 19e siècle influencée par le piétisme et le méthodisme était encore fondée sur la culpabilité et le besoin de rédemption. Le salut par la foi répondait à cette demande. Le fidèle attendait tout d’un Dieu qui intervenait d’en haut pour pardonner.
Cela n’est plus le cas aujourd’hui. Aujourd’hui la foi est un engagement personnel. Elle émerge des profondeurs du sujet. Aujourd’hui, devenus autonomes et responsables, nous sommes en souffrance ; nous ne sommes plus hantés par le purgatoire ou l’enfer, mais  hantés par la mort et par l’absurde. Nous sommes en quête du sens de notre engagement ici-bas, dès maintenant. Non pas en vue de notre quiétude dans l’au-delà.

Le salut ici et maintenant

Le salut ne se situe pas dans l’avenir, mais dans le présent de la foi, dans l’instant qu’elle vit. Il suffit de lâcher prise et de s’en remettre à Dieu. Il arrive comme un événement surprenant. Le salut est effectif aujourd’hui. Il entre dans notre maison comme Jésus entrant chez Zachée. C’est ici et maintenant dans mon existence actuelle que je ressuscite. C’est aujourd’hui même que Jésus me donne la paix, la joie et le bonheur.
Certes ! Je reste aux prises à mes problèmes. Il me faut donc me tourner sans cesse vers Dieu pour recevoir à nouveau ce salut.
Cela engendre une vie chrétienne croyante qui fait place à la prière, au culte, aux sacrements. C’est dans ces moments à part que l’on vit avec le Christ que le salut entre chez nous. Pour reprendre ici l’exemple de l’Exode, on peut rapprocher le salut à l’image de la manne que Dieu donne à manger dans le désert au peuple hébreu. Il est impossible de stocker la manne. Si on la met en réserve, elle devient immangeable. Dieu la donne gratuitement, jour après jour. Le croyant est un mendiant disait Martin Luther.

Le salut conjugué au passé

C’est le temps mis en valeur par les Réformés pour lesquels le salut est un problème réglé, une préoccupation dépassée. Dès sa naissance, le croyant l’a reçu. Dieu ne reprend pas le salut qu’il a accordé de tout temps. Il n’y a donc pas à se tourmenter. C’est offenser de le prier pour un salut qu’il nous affirme avoir accompli » disait César Malan. Dieu a fait le nécessaire et c’est chose irréversible[1].

En conséquence, le fidèle s’engage dans l’ici-bas. Le chrétien, dit Jean Calvin, est comme le soldat  préoccupé de sa mission présente.

Le réformé classique est un militant de Dieu, un combattant pour sa justice et son Royaume, sans aucune anxiété pour son sort, sans angoisse pour sa personne. Il n’agit pas, ne travaille pas, ne lutte pas pour obtenir son salut, mais parce qu’il l’a obtenu. Le Nouveau Testament le compare à une nouvelle création, à une genèse qui rend possible une histoire. Albert Schweitzer affirmait clairement que le cœur de la vie chrétienne n’est pas dans ce qui s’est passé autrefois, mais dans ce qui se passe aujourd’hui. Notre tâche est de se mettre au service de Dieu pour que son grand projet avance. Ne pensons pas à notre destinée personnelle, mais à celle du monde. Œuvrons pour le Royaume par fidélité à la prédication du Christ.

H.L.


[1] Cité par le théologien Andre Gounelle.