De l’hétéronomie à l’autonomie

Dans l’antiquité, dans toutes les cultures du passé, jusqu’au 18e siècle et encore aujourd’hui pour la majorité des chrétiens, nous vivons persuadés que notre monde dépend totalement d’un autre monde semblable au nôtre. L’autre monde, explique clairement Roger Lenaers[1],  « est dirigé par un Souverain divin, omniscient, et tout puissant, entouré d’une cour céleste de saints et d’anges. Ce Seigneur édicte lois et prescriptions, … Il menace, récompense, châtie et, à l’occasion, pardonne. »    
Nous serions donc dans un monde à trois étages. Dieu tout en haut, au ciel bien sûr, et sous nos pieds, profondément sous terre se trouveraient le diable, les démons. C’est bien ce qu’affirme le Symbole dit des apôtres. Dont voici un extrait : «  …Je crois en Jésus-Christ…il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers ; le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté au ciel ; il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; il viendra de là pour juger les vivants et les morts. »

Cet univers mental prémoderne considère que l’homme est totalement dépendant de cet autre monde que l’on dit « hétéronome ». Ce ne sera qu’au seizième siècle que cette pensée hétéronome sera mise en question.

Dans cet univers hétéronome, l’homme n’a aucune autonomie. Il fait partie du tout qui l’enserre, dont il fait totalement partie. Son rôle est déterminé dès sa naissance par la place qui lui a été réservée de toute éternité. Qu’un père rejette son fils, ce dernier n’a plus le droit de vivre puisqu’il n’a plus sa place ici-bas. Il se laissera mourir. C’est la loi du holisme.

Martin Luther prend conscience qu’il est aimé par Dieu et que justifié par la foi, le juste peut vivre libre des contraintes imposées par l’Église désormais démise de l’autorité dont elle se disait investie. Elle n’est plus chargée d’appliquer les lois de l’hétéronomie. Martin Luther découvre son autonomie, sa responsabilité, sa liberté. Un siècle plus tard, René Descartes démontre que l’homme peut mettre au jour les lois qui gouvernent le monde. Ce ne sera plus l’Église qui distinguera le vrai du faux. Nous sommes sortis du holisme. Et pourtant les Églises en utilisent toujours la langue. Et les Églises se vident, car les nouvelles générations ne comprennent plus ce langage. Pourtant leur soif de la rencontre avec Dieu tel qu’annoncée par Jésus Christ reste vive.

H.L.

[1] Roger Lenaers , Un autre christianisme est possible, Golias 2011