Ma chère amie,      

Tu as posé une question hier sur la résurrection. Que doit-on en penser ? Comment y croire ?  Alors je t’écris cette lettre pour te donner ma réponse qui ne correspond sûrement pas à ce que tu as entendu dire dans ton église.

La vision dont parle Paul est celle d’une apparition qu’il a eue sur le chemin de Damas. Ce n’est pas une vision réelle. Il s’agissait d’une manifestation visible par lui seul d’un être surnaturel. Ceux qui l’accompagnaient n’ont rien vu. Il faut donc essayer de comprendre le récit de Paul au second degré, non pas à la lettre. C’est au livre des Actes, chapitre 9, verset 5 et suivants, que l’on peut lire le récit de cette apparition à la suite de laquelle il s’est converti.

Je me risque maintenant à te dire à partir de ce que Paul dit lui-même de la résurrection dans l’épître aux Corinthiens (1 Co. 15, 1-9), ce que l’on peut en penser[1].

Paul affirme que les Corinthiens ont reçu le credo, l’affirmation selon laquelle Christ est mort pour nos péchés… Il ajoute : « Il est ressuscité le troisième jour ». Il transmet une confession de foi qu’il a lui-même apprise. Il dit bien « Je vous ai transmis ce que j’avais reçu moi-même » ( v. 3). Il s’agit d’une parole, de ce que quelqu’un lui a transmis. Il ne s’agit pas du compte rendu d’une vision effective dont le résultat aurait pu être celui d’une photographie comme on en fait maintenant avec son portable.

« Ensuite, il est apparu » ( v.6 ).  Jésus s’est fait voir. C’est une vision comme on peut en avoir en rêve. Ce n’est pas une vision comme celle que l’on peut avoir en regardant un panorama du haut d’une colline. C’est une expérience subjective.

Ensuite Paul dit que 500 frères ont eu cette même vision. Cela veut dire que seuls les frères, donc des disciples, ont vu Jésus ressuscité, ont eu cette vision. Les autres, ceux qui ne croient pas, qui ne sont pas chrétiens, ne voient pas Jésus ressuscité. 

Il ajoute que lui aussi a eu ce même type de vision sur le chemin de Damas ; Il dit : «  il m’est aussi apparu à moi l’avorton » ( v.8) . Donc pour croire à la résurrection, il faut faire cette expérience de croire ce qu’on vous a dit pour avoir tout d’un coup la certitude que Jésus est bien vivant, que nous pouvons comprendre ce qu’il a dit, et puis voir, imaginer ce qu’il a fait quand il était avec ses disciples sur les routes de Galilée. C’est le langage de la foi. Ce n’est pas un langage rationnel, logique, scientifique, historiquement démontrable.

Les évangiles, Marc entre autres, « démontrent » que la résurrection se prouve par l’absence. Le tombeau est vide. C’est tout ce que l’on peut savoir de ce qui s’est passé. J’ajouterai que cela s’est passé « dans la tête des disciples ». Comme sur le chemin d’Emmaüs. 

On peut se demander : « mais pourquoi Jésus est-il mort crucifié  » ?        

Jésus avait pris d’énormes risques. Il s’était permis de réinterpréter la loi héritée de l’histoire du judaïsme. Il s’était élevé contre la religion qui tenait la société de son temps à sa merci. Il se moquait du rituel comme le respect du sabbat. Son discours revenait à dire haut et fort : « ne croyez surtout pas à tout ce que les prêtes vous disent. Ce sont des menteurs qui se servent de la religion pour vous asservir. Il vous faut démystifier tout ce que l’on vous a dit des Saintes Écritures ». Il considérait indispensable de séparer la religion de la politique. Bref ! Il mettait tout le système social à bas. Il était donc tout à fait évident que ceux qui vivaient du système qu’il dénonçait souhaitent le faire mettre à mort.

Certains, très nombreux, demandent : mais pourquoi Dieu n’est-il pas intervenu pour le sauver et démontrer que Jésus avait raison ? Ceux qui se posent cette question se font de Dieu l’idée qu’il est doté d’une puissance surnaturelle et qu’il peut intervenir du haut du ciel pour régler nos problèmes. C’est l’idée qu’en avaient les populations autrefois. Aujourd’hui, vu nos connaissances scientifiques, nous savons que croire ce genre de choses n’a aucun sens. Paul Ricœur explique [2] que c’est Feuerbach qui le premier a expliqué que si l’homme était totalement occupé par un dieu qui le domine, il est religieusement aliéné. Il est totalement dominé et ne peut être lui-même. Plus tard Karl Marx, Freud, Nietzsche ont dit, chacun avec ses raisons philosophiques, la même chose. Dieu ne pouvait intervenir. D’ailleurs s’il l’avait fait, on aurait fait de Jésus un dieu, une idole.

Les évangiles disent que Dieu est mort à ses côtés pour la simple raison qu’ils veulent vraiment nous libérer de l’image que l’on se faisait de Dieu. Ils veulent nous transmettre le message de Jésus, à savoir que Dieu veut que l’homme soit un être responsable, qu’il devienne vraiment lui-même. Que l’homme soit.

C’est pour cela que  croire en la résurrection, c’est être sûr que la vie a un sens parce que nous sommes nous-mêmes ressuscités avec Christ,  que la vie triomphe de la mort. C’est ce qu’ont cru ses disciples. C’est ce qu’ils nous ont dit en affirmant que Jésus était ressuscité des morts. La preuve en est que son message est toujours vivant. Nous sommes invités comme le dit Serge Soulié[3]  à penser que la résurrection est une parabole qui invite les vivants  à rebondir sans cesse tout au long de la vie et à aller de l’avant sans attendre une nouvelle vie après la mort. Il nous faut faire confiance à Dieu qui est une force  disponible, que nous n’avons pas à craindre ni à supplier. Cette force est en nous si nous la laissons vivre. Serge Soulié ajoute : « Dieu se découvre dans la qualité de la relation que l’homme peut avoir avec les êtres et les choses de ce monde. Il n’est pas une morale… il surgit des actes et des paroles qui libèrent, il est une force  qui parcourt les êtres et les choses de ce monde ».

En espérant chère amie, ne pas t’avoir trop bousculée, mais au contraire aidée, avec mon amitié,

Hugues Lehnebach, le 01/11/2017


[1] A partir de l’étude qu’en a faite Elian Cuvillier,

[2] Ricoeur, Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale, ed. Labor et Fides, 2016

[3] Serge Soulié, La fin d’une religion, ed. La barre Franche, 2017