Le fondamentalisme est une idéologie religieuse née dans les milieux évangéliques conservateurs du sud des États-Unis. Ce mouvement se répand de façon insidieuse et a alimenté l’extension extraordinaire des églises évangéliques. Séduits par ce courant, nombre de personnes insécurisées par la période instable qui est actuellement la nôtre, peuvent se laisser prendre sans avoir vraiment conscience de ce que sous-entend l’adhésion à cette néfaste mouvance.

Les sources du fondamentalisme

Le fondamentalisme a pour fondamentaux 10 volumes publiés entre 1910 et 1915 par deux frères qui étaient hommes d’affaires. Ces volumes étaient le recueil des textes sacrés édités au début du siècle par des théologiens évangéliques conservateurs. Le fondamentalisme a redoublé de vigueur entre 1980 et 1990. A partir de l’élection de Bill Clinton en 1992, le mouvement se renforce sous la forme de la Christian Coalition qui revendique 1,5 million de membres exerçant une forte influence politique. D’après un sondage réalisé dans les années 80, un américain de cette mouvance sur trois dit avoir vécu une conversion. Un sur deux est convaincu que la Bible contient la vérité absolue.

Bouleversement du sens intime du moi

Après avoir puisé dans la documentation de Lienesch, Manuel Castells [1] dessine ce qui façonne le moi intime du fondamentaliste. En premier lieu la conversion. Par un acte de foi, le pécheur est pardonné. Il est  arraché au péché. Il est sauvé pour l’éternité. Dès lors, il vit une seconde naissance et se  dit « né de nouveau ». Non seulement son identité, son autonomie sont réédifiées, mais il adopte automatiquement un ordre sociétal et politique idéal qui s’oppose à celui de la société dans laquelle il vit.

Les fondamentaux du fondamentalisme

L’inspiration littérale et absolue de la Bible ne peut être mise en doute. Ainsi le monde a bien été créé il y a environ 6 000 ans. Nous sommes les descendants d’Adam et Éve. Les théories de l’évolution héritées de Darwin sont donc  des vomissures.        
Par sa mort sur la croix, Christ a racheté nos péchés pour payer ainsi à Dieu le prix de l’affront que nous lui avons fait par nos fautes.  
Le Christ reviendra bientôt du ciel sur la terre. Les fondamentalistes affirment  la divinité du Christ, sa naissance virginale, la Trinité, le retour en gloire du Christ et le Jugement dernier.

Les doctrines éthiques

Il faut réédifier la famille, institution sur laquelle est fondée la société. Il convient de réaffirmer le caractère sacré du mariage et le patriarcat. L’autorité de l’homme sur la femme est justifiée par l’Épître aux Éphésiens (ch. 5,  22-23). La femme affirme son identité par le sens du sacrifice. Les joies du rapport sexuel sont sanctifiées. La sublimation sexuelle est le fondement de la civilisation. Cela semble parfaitement en accord avec la sourate 2, 223 du Coran : « vos femmes sont pour vous comme un champ de culture, allez à vos champs comme bon vous semble ». Les enfants désirent le mal. Ils méritent donc la fessée pour leur inculquer la crainte de Dieu.

Il faut ajouter des doctrines éthiques comme l’interdiction de l’IVG, du divorce, de l’homosexualité, le mariage pour tous, le contrôle des naissances, l'assistance médicale à la procréation, la gestation pour autrui, l'euthanasie. L’Église catholique est sur le même registre. 

Orientations politiques     

La fin des temps approche. Il faut donc nettoyer la société et se préparer au second avènement de Jésus Christ ! Soutenir l’ultralibéralisme s’impose. Martin Lutter contre l’État pour faire de très bonnes affaires en obtenant une baisse des impôts pour qu’ils n’excèdent pas 10 % est une priorité. Les fondamentalistes, soutenus par les télévangélistes, soutinrent Ronald Reagan en 1980. C’est à partir de positions fondamentalistes que des protestants ont soutenus l’apartheid en Afrique du sud.  Pour eux, les ennemis contre lesquels il faut lutter sont les médias, le système scolaire en place, les humanistes, les banquiers, les élites intellectuelles, les homosexuels, les hérétiques, les étrangers. Il convient d’abandonner les pauvres sans mérites à leur triste sort.

Conclusion  

Cette idéologie se répand sur la planète à grande vitesse en soutenant le nationalisme et le néolibéralisme, portes ouvertes à l’extrême droite, voire au fascisme, ce qui n’a vraiment plus rien à voir avec le christianisme.

Hugues Lehnebach


[1] Manuel Castells, Le pouvoir de l’identité, tome 2, éditions Fayard, 1999