Si je meurs, est-ce que j’irai au ciel ? Est-ce que mon âme sera sauvée ? Est-ce que j’existerai encore, mais sous une autre forme ? Bref ! C’est la question que l’on peut se poser en toute fin de vie: est-ce que je serai sauvé ?  En général quand ceux qui croient à la résurrection espèrent être auprès du Christ. Ils disent aux petits enfants de la grand-mère tout juste décédée : « elle est au ciel. Ils pensent que ceux qui se comportent mal n’iront pas au ciel. Au contraire ». Ils iront en enfer ou au purgatoire pendant un certain temps pour payer leurs fautes. S’ils n’y croient plus trop maintenant, c’était ce que croyaient les chrétiens autrefois. Aujourd’hui ils espèrent simplement survivre et retrouver d’une façon ou d’une autre, ceux qu’ils ont aimés de leur vivant. Celles et ceux qui pensent à ce qui nous arrivera après la mort en tiennent compte dans leur vie ici-bas. Et ne font pas n’importe quoi ! Cela s’appelle « donner un sens à sa vie ».

Le temps s’étire de la naissance à la mort, sur une ligne toute droite. Enfin c’est l’idée que l’on se fait du temps qui s’écoule comme les secondes sur la petite aiguille d’une montre. Et l’on a l’espoir qu’un jour viendra  ou régnera la justice et l’égalité. Les communistes par exemple pensent que le jour où le peuple aura le pouvoir après la lutte finale, ce sera le bonheur. Les chrétiens disent que c’est une utopie. Pour eux, c’est seulement Dieu qui mettra son royaume en place afin que le bonheur règne sur terre. Ce ne seront pas les hommes qui mettront ce royaume en place. Ils peuvent seulement y contribuer pour hâter sa venue.

Les bouddhistes ne croient pas du tout à ça. Ils pensent que le temps ne s’étire pas sur une ligne droite, mais que l’être humain est emprisonné dans une sorte de cercle. Il naît, il vit un temps, puis il meurt pour renaître, pour se « réincarner ». Un jour il espère ne plus vivre la réincarnation, car il sera libéré du cercle qu’il appelle le karma. Il s’échappe dans « le grand tout », hors du monde. Il atteint le nirvana. Le sens qu’il peut donner à sa vie est donc de méditer et de se comporter comme il faut pour ne pas se réincarner sous une forme pire que celle dans laquelle il se trouve. Par étape, il espère donc se libérer du karma.

L’homme moderne ne se soucie absolument pas de l’au-delà. Il ne croit pas que Dieu intervient pour son salut. L’homme moderne a les pieds sur terre et n’a pas les yeux vers le ciel. Il fait confiance à la raison. Ce qui lui semble primordial, ce qui donne sens à sa vie c’est la réussite sociale et financière. Par exemple pour ce qui est de ses enfants, il souhaite pour eux la meilleure école et une réussite professionnelle qui les mettre à l’abri. On peut dire que l’argent est ce qui donne sens à sa vie. Son salut il le voit sur terre et pas du tout au ciel. Il n’est pas indifférent à autrui. Mais d’après les statistiques, la moitié de la population est ouverte à autrui et favorable au partage des richesses tandis que l’autre moitié est totalement voué à l’argent quel que soit le prix à faire payer aux pauvres et aux exclus. Seul leur intérêt prime sur tout le reste.

Et si le temps n’existait pas du tout ? C’est ce qu’Einstein a découvert et démontré. Le temps ne s ‘écoule pas à la même vitesse au sol qu’en altitude. La distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion. Le paradoxe des jumeaux en est une illustration. Supposons deux jumeaux. L’un voyage dans une fusée à la vitesse de la lumière ou presque. La durée du voyage pour celui qui est resté sur terre est plus grande que pour celui qui est dans l’espace. Quand le jumeau revient sur terre, il est beaucoup plus jeune que son frère. Ce dernier est même mort depuis longtemps ! Leur temps n’était donc pas le même. Nous pouvons conclure d’après cette image que le temps de l’éternité, celui du Royaume de Dieu, pourrait être tout à fait différent du nôtre. Il peut sans doute se manifester au travers de la présence d’êtres d’élite qui ont fait progresser l’humanité, par flash, comme des éclairs descendus du ciel. Ainsi en a t-il été de Mahatma Gandi, de Martin Luther King, et même de Simone Weil, ces êtres d’élite qui ont fait avancer le monde. Quand l’apôtre Paul dit « C’est Christ qui vit en moi », il participe au Royaume, il est déjà dans l’éternité. C’est ce  qu’il nous invite à vivre, comme si l’éternité c’était ici et maintenant pour le croyant.

Hugues Lehnebach