L’être humain n’est pas seulement un être de pure raison. A son insu il est habité par une spiritualité inconsciente, qui le rend véritablement humain. Sinon il ne serait qu’un être mû par ses pulsions. Une religiosité authentique n’a pas le caractère d’une pulsion déterminant l’être humain comme le pensait Freud pour qui  la religion est une illusion narcissique dont l’origine serait le complexe d’Œdipe

L’analyse existentielle met en évidence l’existence en l’être humain de l’inconscient spirituel, d’une religiosité inconsciente, d’une relation inconsciente à Dieu, à la transcendance.  Conséquence : Dieu est toujours inconsciemment l’objet de notre aspiration. C’est le Dieu caché dont parlait Paul aux Corinthiens :  « Quand je parcours vos rues, mon regard se porte souvent sur vos monuments sacrés et j’ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : au Dieu inconnu. » (Actes 17, 23) 

L’homme croit au sens. La foi dans le sens donné à sa vie est une catégorie transcendantale. Einstein disait que poser la question du sens c’était être religieux. Tillich ajoute « Être religieux c’est poser fiévreusement la question du sens de notre existence ». L’homme se rapporte à un monde supérieur. On ne peut vouloir croire, pas plus qu’on ne peut vouloir aimer par un coup de foudre par exemple. Le sens n’est pas donné. Il faut le trouver. 

L’être humain tend vers l’au-delà de lui-même. Il s’attache à quelque chose qui n’est pas lui-même, et l’oriente en direction du monde. Il cherche un sens. Trois orientations sont possibles :

       1 - consacrer sa vie à une oeuvre, à une cause. L’être humain sent qu’il se réalise dans la mesure où il s’oublie et se donne par exemple à une tâche, à une oeuvre.

       2 - se consacrer à une personne qu’il pourrait aimer.

      3 - Enfin, l’être qui est proche de la mort, ou est en souffrance à cause d’une maladie sans espoir de rémission peut se transcender et assumer sa souffrance et lui donner sens par son attitude.

Ce qui donne sens est dicté en réaction à une situation concrète qui impose une réponse, dicte ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Ce n’est donc pas une solution donnée par quelqu’un qu’il soit  homme d’Église, ou psy. C’est le sujet qui trouve la réponse en conscience, en être responsable.

Un homme peut trouver un sens à sa vie indépendamment de son sexe, de son âge, de son intelligence, de son environnement, qu’il soit croyant ou pas. Il accède alors à une vie religieuse en accédant à l’au-delà de lui-même, sans pour autant manifester cette vie spirituelle dans une institution religieuse. En adhérant par exemple à des croyances, à des dogmes.

En quête du sens ultime à donner à son existence, la personne peut avoir, dictée par son inconscient spirituel, une intuition le guidant vers la révélation.

Nous n’allons pas vers une religion universelle, mais vers une religion personnelle. Chaque individu a sa propre religiosité, définit sa compréhension de Dieu d’une façon spécifique. Frankl[1] illustre cette idée en faisant remarquer que pour représenter le ciel le peintre dessine des nuages. Or les nuages ne font que symboliser le ciel avec lequel ils n’ont rien à voir. De même pour parler de Dieu, nous utilisons des symboles qui n’ont rien à voir avec Dieu. Ainsi en est-il de la foi de chacun. Les religions se définissent en général comme universelles et envisagent leur avenir comme finissant par imposer leurs dogmes au monde entier. En fait chacun ayant sa propre définition et vision  de Dieu l’exprime à titre uniquement personnel. « Dieu serait ainsi le partenaire des entretiens les  plus intimes avec soi-même. » La rencontre avec l’autre, la découverte de sa façon de vivre sa foi est un immense enrichissement à partager. Le partage de toutes ces spiritualités personnelles pourrait être alors ce qui caractérisera la fin des religions ; et peut être la naissance de la religion d’amour ?

La religion finirait par être l’expression de langages personnels dont chacun pourra se servir pour s’adresser à Dieu, avec le langage d’une spiritualité aux formes d’expression multiples.

Hugues Lehnebach


[1] Frankl, Le Dieu inconscient, Interédition, 2016