La modernité a donné un sens à la vie qui n’est plus fondé sur un grand projet cosmique et divin. C’est maintenant l’homme qui donne un sens à sa vie. Ce n’est plus Dieu. La religion est devenue humaniste, car elle voue un culte à l’humanité, et non à Dieu. Les humains cherchent à puiser dans leur expérience intérieure le sens à donner à leur vie et à tout l’univers. Pour la modernité, Dieu n’est plus la source du sens et de l’autorité. C’est notre libre arbitre qui en est la source, l’autorité suprême.

L’humanisme s’est scindé en 3 branches : La branche orthodoxe est la première. Elle considère que chaque être humain est un individu unique, un rayon de soleil. Conséquence ? Il faut donner à l’individu le plus de liberté possible. C’est en nous que nous devons trouver toutes les réponses. Le résultat est l’humanisme libéral.

La deuxième branche est celle de l’humanisme socialiste qui prône la mise en place des institutions collectives auxquels il faut faire confiance. Ces instances décident à notre place. Le goulag ou le nationalisme en est la plupart du temps, l’aboutissement.

La dernière branche est celle de l’humanisme évolutionniste qui est favorable à la sélection naturelle qui favorise les plus forts. Le résultat est celui de l’ultracapitalisme qui a fini par conquérir le monde et s’est montré plus efficace que le socialisme. La loi du marché a pris toute la place et décide pour nous. La vie n’a plus d’autre sens que celui de la croissance et de la consommation.

Grâce aux progrès extraordinaires de la science, la voie est maintenant libre pour les nouvelles technologies posthumanistes. Les développements technologiques rendront sans doute les humains économiquement et militairement inutiles. Le marché, la démocratie ne survivront pas. Les algorithmes de Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft et autres sont devenus souverains. Les politiciens sont à leur écoute, parfaitement soumis. Comme les rats, les hommes sont manipulables. La dernière menace sur le libéralisme sera la formation d’une petite élite privilégiée immensément riche qui gérera les élections à son plus grand profit.

L’individu libre peut devenir une fiction créée par l’assemblage d’algorithmes biochimiques. L’intelligence artificielle se développe. Pour qui ? Pour quoi ? Pour quel sens ? Elle ne le sait pas, car elle ne pense pas. La connaissance pourtant serait-elle le salut ? C’est ce que croyaient déjà les gnostiques au deuxième siècle.

Les mythes d’autrefois révélaient une vérité sous forme d’histoires auxquelles on pouvait ne pas croire. Aujourd’hui, il ne nous reste plus qu’à interpréter ces mythes, décrypter ces symboles contenus dans les Écritures pour y trouver le sens à donner à notre vie.

Les évangiles étaient porteurs d’espoir. Les chrétiens de l’Église primitive étaient habités par la certitude de quitter un jour ce monde perverti pour rejoindre le Christ ressuscité dans l’au-delà. Le Christ tardant à revenir, l’Église a tenté de prendre le pouvoir pour installer son règne. Fiodor Dostoïevski a démontré l’échec du grand inquisiteur.

L’individu s’est peu à peu libéré de la tutelle de l’Église pour affirmer son autonomie. Il a tenté de mettre en place des utopies. L’échec du communisme et du nazisme furent des désastres. Nous vivons maintenant l’utopie de l’ultralibéralisme préparant la mort annoncée de la planète.

L’issue pour nous maintenant est sans doute dans la quête d’un sens cosmique.

Où se trouve le sens cosmique ? « C’est en Dieu qui se trouve… au cœur du monde comme le levain qu'une femme a enfoui dans la pâte pour la faire lever » (Matthieu 13, 33)

Il n’est pas tout puissant. Il ouvre sans cesse l'avenir, introduisant des possibilités nouvelles dans nos pensées et dans le monde : mais il ne détermine pas de manière autoritaire celles qui seront acceptées ou refusées par les hommes. Il propose, appelle, influence, enthousiasme ; il tient compte des résultats qui en adviennent pour modifier son action : c'est la joie qu'il veut pour ce monde « qu'il aime tant » (Jean 3,16).

« Il est créateur, non seulement au-dedans de nous les hommes, mais aussi des animaux, des plantes et peut-être aussi des minéraux ; Il est indispensable à la vie du monde ; il participe à tout ce qui se passe, à toutes les réalités auxquelles nous avons affaire et d'abord à nous-mêmes. Il agit en tout ce qui bouge ; évolue ; rien n'échappe à son action de même que rien n'échappe aux rayons du soleil et à l'air qui nous baigne ». (Gilles Castelnau)

Il appartient à chacun d’entre nous, et non aux Églises, de répondre à cette invitation pour que chacune, chacun, coopère à sa mesure à cette œuvre, et de fasse confiance en l’avenir malgré tout. C’est l’espoir mis en Dieu tel que l’annonçait Jésus Christ qui évita à Jacques Ellul de se suicider.

Hugues Lehnebach

In les « Les frères Karamazov ».