Karl Barth avait beaucoup proclamé l’absolutisme de Dieu. Pourtant il a fini par dire que sur ce point, il avait sans doute été un peu hérétique. Il a alors proclamé le oui de Dieu à l’homme. Sa pleine humanité. Dieu en effet n’existe pas sans l’homme.

La notion de l’humanité de Dieu existait chez Nicolas Berdiaeff. Emmanuel dans la Bible signifie bien « Dieu avec nous ». Mais de quel Dieu s’agit-il ? D’un Dieu cruel ? Vengeur ? Tyrannique ? Berdiaeff croit au Dieu de Jésus Christ.

Barlow de son côté dit que la rédemption, le salut accordé par la croix est une absurdité, car Dieu est amour. Le pasteur Charles Wagner annonçait que l’évangile a  humanisé Dieu et que l’idée d’un Dieu cruel doit être combattue. La notion de la rédemption fait appel au calcul selon lequel c’est le sang versé par le Christ  qui paye le prix du salut de l’homme.

Exode 3,14 : Dieu ne dit pas « Je suis celui qui est » Mais « celui qui deviens ».Moïse dit «  celui qui est m’envoie vers vous ». Le verbe être dit être remplacé par devenir. Chouraqui traduit par ces mots « Je serai m’a envoyé vers vous ».  Renan écrit en 1863 « Dieu n’existe pas encore ». Dieu est à venir ». Gagnebin ajoute : «  Nous devons combattre pur l’humanisation de Dieu » en reprenant les mots de Wilfred Monod « Il faut vouloir que Dieu soit ». Avoir la foi c’est faire exister Dieu. Schweitzer en débat avec Carrez dit : « C’est Jésus qui centre la foi chrétienne dans l’avenir, car le centre de gravité n’est pas du tout dans le drame de la rédemption »

 

La divinisation de l’être humain.

Toute la théologie grecque et orthodoxe héritière du quatrième siècle sont dominées par la théologie qui affirme que Dieu est devenu homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. Irénée comme plus tard maître Eckart au 13/14 e siècle diront que Dieu est devenu homme pour que l’homme puisse  devenir dieu.  A Noël Dieu descend vers l’homme. A l’ascension, l’homme va vers Dieu. C’est un processus un dynamisme, une mouvance qui annonce une divinisation. Déification, divinisation, c’est une approche théandrique qui appartient à une double nature Dieu et homme.

D’après Berdiaeff l’homme est élevé à Dieu ; il est créé à l’image de Dieu, créateur, fidèle à la vocation de l’être humain, participant à l’œuvre divine. Cette déification est la condition de notre humanisation. Toutefois l’homme n’est pas Dieu. Maurice Bellet a écrit que Dieu est le plus humain de l’homme. Mais l’homme existe-t-il ? Pas encore ! Cet homme en plénitude existe en Jésus. Ecce homo dit Pilate. « Voici l’homme ». Nietzsche qui militait pour le surhomme pensait que l’homme doit être dépassé.

Romains 8,22 : « nous aussi qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption finale, la rédemption de notre corps ». L’homme a été créé pour participer de tout son être à la divinité disait Olivier Clément. Lutter pour l’humain est inséparable de la lutte pour tous les êtres humains. L’Esprit nous anime et nous porte. Il y a un dynamisme créateur de Dieu » vous êtes le temple de Dieu » dit Paul. Dieu est présent en nous. Il nous donne son Esprit.

Conclusion

La foi en Dieu implique la foi en l’être humain. Le christianisme ne peut vouloir affirmer Dieu sans affirmer l’homme. Tendre vers l’homme, c’est tendre vers Dieu. Emerson écrivait «  La plus haute réalisation de Dieu se trouve en l’homme. Les psychanalystes affirment que l’homme attribue à Dieu la tout puissance dont il rêve et en déduisent que l’homme est condamné au néant.

Une autre critique vient de l’Église Réformée qui affirme que Dieu seul est Dieu. Certes ! Dieu est d’une différence fondamentale, ce qui interdit toute confusion.  La pleine humanité implique la relation avec la transcendance. La vocation de l’homme est de devenir humain, c’est-à-dire à l’image de Dieu. Dieu n’écrase pas l’homme : il l’élève dans la personne de Jésus. Il le déculpabilise. Reconnaître notre vocation, c’est reconnaître que nous sommes responsables de Dieu. Revitaliser une théologie du Saint-Esprit n’est pas vitaliser une théologie de la croix.
Un groupe de pasteurs libéraux a été invité à rédiger une confession de foi. Aucun d’eux n’a mentionné la croix. C’est Picon qui invitait à « décrocher » la croix. Enfin il faut se méfier de dire que Dieu est tout autre. Mieux vaut dire qu’il est radicalement autre.